Sermon du vendredi 06 décembre 2019, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Moubarak à Islamabad. Après le Ta’awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Written by on December 13, 2019

Le compagnon de Badr que j’évoquerai aujourd’hui se nomme Hilal Bin Oumayya al-Waqifi. Il appartenait au clan Banou Waqif, de la tribu d’Aws des Ansar. Son père se nommait Oumayya Bin ‘Amir et sa mère se nommait Ounaysa Bint Hidham ; elle était la sœur de Koulthoum Bin Hidham, celui qui avait accueilli chez lui à Qouba le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) quand celui-ci était arrivé à Médine.

Hilal Bin Oumayya avait deux épouses : l’une se nommait Fourayha Bint Malik Bin Douhsham et la deuxième se nommait Moulayka Bint ‘Abdillah. Ses deux épouses avaient embrassé l’islam et avaient prêté allégeance au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Hilal Bin Oumayya était un des anciens musulmans. Il avait brisé les idoles des Banou Waqif et il portait l’étendard de sa tribu le jour de la conquête de La Mecque.

Hilal Bin Oumayya avait participé dans les batailles de Badr et d’Ouhoud et dans d’autres expéditions en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), hormis celle de Tabouk. Ibn Hicham ne l’a pas inclus dans sa liste de compagnons ayant participé à la bataille de Badr. Al-Boukhari, par contre, l’y a inclus dans son Sahih.

Hilal Bin Oumayya faisait partie de ces trois compagnons qui n’avaient pas participé à l’expédition de Tabouk, et cela sans aucune excuse [valable]. Les deux autres compagnons étaient Ka’b Bin Malik et Mourarah bin Ar-Rabi’. Un verset du Coran a été révélé à leur propos :

وَعَلَى الثَّلَاثَةِ الَّذِينَ خُلِّفُوا حَتَّى إِذَا ضَاقَتْ عَلَيْهِمُ الْأَرْضُ بِمَا رَحُبَتْ وَضَاقَتْ عَلَيْهِمْ أَنْفُسُهُمْ وَظَنُّوا أَنْ لَا مَلْجَأَ مِنَ اللَّهِ إِلَّا إِلَيْهِ ثُمَّ تَابَ عَلَيْهِمْ لِيَتُوبُوا إِنَّ اللَّهَ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ

« Et Allāh S’est tourné avec clémence vers les trois qui par leurs agissements se retrouvèrent à l’arrière, jusqu’à ce que la terre, malgré toute son immensité, leur sembla un lieu trop étroit, et leurs âmes furent aussi rétrécies pour eux, et ils devinrent convaincus qu’il n’y avait de refuge de la part d’Allāh sauf d’aller vers Lui-Même. Alors, Il Se tourna vers eux avec clémence afin qu’ils fassent le repentir. Assurément, c’est Allāh Qui est Celui Qui revient sans cesse avec clémence et Qui est le Miséricordieux. » (9 : 118)

L’expédition de Tabouk a eu lieu en l’an 9 de l’hégire. Il s’y trouve un récit détaillé dans le Sahih d’Al-Boukhari, dans lequel est mentionné ces trois compagnons qui restèrent en arrière.

‘Abdour Rahman, le petit-fils de Ka’b bin Malik, relate que son père, Abdoullah Bin Ka’b a relaté qu’il servait de guide à Ka’b lorsque celui-ci était devenu aveugle. Il relate le long récit de Ka’b dans lequel l’on trouve mention de Hilal Bin Oumayya.

Il dit : « J’ai entendu Ka’b Bin Malik (ra) raconter son histoire lorsqu’il faussa compagnie au Messager d’Allah (saw) lors de l’expédition de Tabouk.

Ka’b a dit : « Je n’ai jamais faussé compagnie au Messager d’Allah (saw) dans ses campagnes sauf dans celle de Tabouk. Cependant je n’ai pas participé à la bataille de Badr et, à ce moment, aucun de ceux qui s’en étaient absentés ne reçut pour cela de reproche. En effet, l’Envoyé d’Allah (saw) n’était sorti avec les musulmans qu’à la recherche de la caravane (commerciale) des Qouraychites jusqu’à ce qu’Allah les mît face à face avec leur ennemi, sans rendez-vous préalable. J’étais présent avec le Messager de Allah (saw) lors de la nuit de ‘Aqaba… »

Quoiqu’il n’ait pas pu participer à la bataille de Badr, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’avait pas pour autant exprimé de colère eu égard à son absence.

Il ajoute : « À ‘Aqabah nous avions promis fermement de nous cramponner à l’islam. Or je ne donnerai pas un tel honneur en échange de ma participation à la bataille de Badr, bien que les gens la mentionnent plus souvent que l’alliance d’Al-‘Aqaba. Pour ce qui est de ma défection de l’expédition de Tabouk, je n’ai jamais été plus fort, ni plus riche que lorsque j’y fis défaut. Par Allah, je n’ai jamais possédé avant elle deux montures à la fois. Le Messager d’Allah (saw) n’entreprenait jamais une expédition sans faire semblant de se diriger vers une direction autre que son objectif… »

Généralement, par stratégie, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne dévoilait pas l’objectif de ses expéditions ; ensuite il faisait de grands détours ou il changeait de route. 

Ka’b commente : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) entreprit cette expédition par une période de très grandes chaleurs. Il se mit donc en route pour un long voyage dans un immense pays désertique et aride. Il devait en outre rencontrer un ennemi très nombreux. Aussi informa-t-il cette fois les musulmans de leur vraie destination afin qu’ils prennent leurs dispositions. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait tout dévoilé pour cette expédition – et l’objectif et l’ennemi – afin que les musulmans puissent bien se préparer.

Ka’b ajoute : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait informé les musulmans de la destination. De nombreux musulmans l’avaient accompagné. »

Ka’b a dit : « Celui qui voulait déserter était presque sûr de passer inaperçu, à moins qu’Allah ne fît une révélation coranique à son sujet. Le Messager d’Allah (saw) entreprit cette expédition à un moment où les fruits étaient mûrs et où l’ombre était bien désirable. Le Messager d’Allah (saw) s’était préparé ainsi que les musulmans avec lui. Quant à moi, je sortais tous les matins pour m’équiper mais je rentrais sans en avoir rien fait, me disant à chaque fois que je pourrais le faire à l’heure que je voulais. Cette situation dura jusqu’à ce que les musulmans eussent redoublé d’efforts dans leurs préparatifs et, un matin, ils prirent le chemin de la guerre avec le Messager d’Allah (saw). Je n’avais pourtant rien préparé pour être des leurs. Je me suis dit que je me préparerai un ou deux jours après afin de les rattraper (étant donné que je disposais de montures et les préparatifs seraient pour moi faciles.)  

Je rentrai donc chez moi, cette fois encore, sans avoir rien fait. Le troisième jour je n’avais rien entrepris et rien décidé. Si bien qu’ils prirent sur moi une trop grande avance. À un moment donné, pourtant, j’ai voulu partir à leurs traces (et combien j’aurais voulu l’avoir fait !) mais je n’ai pas pu le faire.

Chaque fois que je me mêlais aux gens après le départ du Messager d’Allah (saw) je ne me voyais semblable qu’à ceux qui étaient coupables d’hypocrisie. »

Lorsqu’il sortait dans les rues de Médine, il ne voyait que ceux qu’on accusait d’être des hypocrites.

« …ou les faibles qu’Allah avait exemptés pour cause de maladie. »

Il n’y avait à Médine que des invalides, des peureux ou des hypocrites.

Il ajoute : « Le Messager d’Allah (saw) ne cita pas mon nom jusqu’à son arrivée à Tabouk. Pendant qu’il était assis avec un nombre de gens, il demanda par la suite : « Où est donc Ka’b Bin Malik ? ». Quelqu’un des Banou Salama dit : « O Messager d’Allah ! Il a été sans doute retenu à Médine par la beauté de ses habits et par sa vanité ».

Selon lui, il n’était pas venu en raison de ses biens ou de son orgueil.

Mou’adh Ibn Jabal (ra) lui répondit : « Quelles bien vilaines paroles tu viens de proférer ! Ô Messager d’Allah ! Nous n’avons jamais entendu que du bien à son sujet ».

C’est-à-dire ce n’est pas quelqu’un d’arrogant ou d’hypocrite.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’était tu en entendant cela.

Ka’b dit : « Lorsque j’appris que le Messager d’Allah (saw) avait pris le chemin de retour de Tabouk, je fus envahi d’une grande tristesse. Je me mis à penser à quelque mensonge pour me disculper en me disant : « Quelle excuse va bien me protéger de sa colère ? » Je pris conseil auprès des gens de ma famille. Quand on m’apprit que le Messager d’Allah (saw) était désormais tout proche, toutes ces mauvaises inspirations disparurent de mon esprit et je sus ainsi que rien ne pourrait me sauver de la colère du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Aussi ai-je décidé de dire la vérité. Le lendemain matin le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était de retour. Or, lorsqu’il rentrait d’un voyage, il réservait toujours sa première visite à la mosquée. Il y fit deux Raka’at de prières facultatives, puis s’assit pour recevoir les gens.

C’est alors que vinrent à lui ceux qui ne l’avaient pas suivi, lui présentant leurs excuses en faisant de grands serments. Ils étaient un peu plus de quatre-vingt. Il accepta leur état apparent, agréa leur allégeance et implora pour eux l’absolution divine tout en laissant à Allah le Très-Haut le soin de juger ce qu’ils cachaient en eux-mêmes.

Je me présentai à mon tour et quand je le saluai, il sourit de la façon de quelqu’un en colère puis me dit : « Viens ici ! » Je m’avançai et je m’assis devant lui. Il me demanda : « Qu’est-ce donc qui t’a empêché de te joindre à nous ? N’avais-tu pas déjà acheté ta monture ? » Je répondis : « O Messager d’Allah ! Si je me trouvais maintenant devant un autre que vous de tous les habitants de ce monde, j’aurais certainement jugé que je m’en sortirais par quelque excuse, d’autant plus que j’ai le don de l’argumentation. Mais, par Allah ! J’ai su que si je vous mentais aujourd’hui, Allah ne serait pas loin de me frapper de Sa Colère, et, si je vous disais la pure vérité qui pourrait vous fâcher contre moi, je pourrais espérer le pardon de la part d’Allah Tout-Puissant. Par Allah ! Je n’avais aucune excuse pour être resté en arrière. Par Allah ! Je n’avais jamais été aussi fort ni aussi riche que lorsque j’ai décidé de rester en arrière ! »

Le Messager de Allah (saw) commenta : « Il dit la vérité. Mets-toi debout et va-t’en de là en attendant qu’Allah rende Son verdict à ton sujet ! ».

Des hommes de la tribu des Banou Salama sortirent à ma suite et me dirent : « Par Allah ! Nous n’avons jamais appris que tu avais commis quelque péché avant celui-là. Tu aurais bien pu t’excuser auprès du Messager d’Allah (saw) comme se sont excusés les autres déserteurs. Il t’aurait largement suffi auprès d’Allah que Son Messager priât pour ton absolution. »

Ka’b dit : « Par Allah ! Ils n’ont pas cessé de me faire des reproches jusqu’à ce que j’ai voulu retourner auprès du Messager d’Allah pour revenir sur mes premières déclarations. Puis je leur dis : « Est-ce que d’autres sont dans mon cas ? » Ils répondirent : « Oui, il y a deux hommes qui tinrent les mêmes propos que toi et qui obtinrent la même réponse ». Je dis : « Qui sont-ils ? » Ils dirent : « Mourara Ibn Ar-Rabi’ Al ‘Amri et Hilal Ibn Oumayya Al Waqifi ».

Ka’b ajoute : « Ils m’ont nommé là deux hommes vertueux qui avaient participé à la bataille de Badr et qui étaient dignes d’être pris en exemple. Lorsqu’on me les cita, je m’en allai. Le Messager d’Allah (saw) avait interdit entre-temps qu’on nous adressât la parole à tous les trois de parmi ceux qui avaient déserté.

Ainsi il y a eu un boycott contre ces trois-là.

« Par la suite les gens nous évitaient, comme s’ils ne nous connaissaient pas, si bien que je ne reconnaissais plus la terre où je vivais. »

C’est-à-dire, la ville de Médine, ces rues et cette terre étaient devenues étrangères pour moi. C’était comme si j’étais dans un nouvel endroit.

« Nous restâmes dans cette situation cinquante nuits. Quant à mes deux compagnons, Hilal Bin Oumayya et Mourarah Bin Ar-Rabi’, ils se résignèrent à leur sort, gardèrent leur maison et ne cessèrent pas de pleurer. Pour ma part, j’étais le plus jeune et le plus fort des trois. Je sortais pour prendre part à la prière avec les musulmans et je parcourais les marchés sans que personne ne m’adressât la parole. J’allais en présence du Messager d’Allah (saw), je le saluais alors qu’il était assis après la prière. Je me demandais en moi-même s’il avait ou non remué les lèvres pour répondre à mon salut. Puis je me plaçais pour prier tout près de lui et je l’épiais furtivement. Quand je priais, il me regardait et quand je me tournais vers lui, il se détournait de moi. Quand cette mise en quarantaine dura trop longtemps pour moi, je n’ai pas hésité à passer par-dessus le mur d’Abou Qatada ; il était mon cousin et l’un de mes plus chers amis. Je lui adressai le salut. Par Allah, il n’a même pas daigné me répondre. Je lui dis : « Ô Abou Qatada ! Je te supplie par Allah de me dire si tu sais que j’aime Allah et Son Messager ? ». Il se tut. Je lui posai la question de nouveau et il se tut encore. J’insistai encore une fois et il me dit enfin : « Allah et Son Messager savent le mieux ! » Mes yeux débordèrent alors de larmes. Je m’en fus et passai de nouveau par-dessus son mur. Tandis que je déambulais dans les rues commerçantes de Médine, voici qu’un Nabatéen de la Syrie, venu vendre du blé criait : « Qui peut me dire où se trouve Ka’b Bin Malik ? ». Les gens se mirent à me désigner jusqu’à ce qu’il vînt à moi et me donnât une lettre de la part du roi Ghassan. Il disait dans la lettre : « Nous avons appris que ton compagnon (le Prophète) est en froid avec toi alors qu’Allah ne t’a jamais placé dans une demeure d’humiliation et d’abandon. Rejoins-nous et nous te servirons gracieusement. ». Je dis après sa lecture : « Ceci est une nouvelle épreuve ! » Je me dirigeai avec la lettre vers le four à pain et je la brûlai.

Quand quarante nuits s’écoulèrent, un messager vint me dire : « Le Messager d’Allah (saw) t’ordonne de ne plus approcher ta femme ». Je lui dis : « Dois-je la répudier ? Ou bien que dois-je faire ? ». Il dit : « Non, mais sépare-toi d’elle et ne l’approche plus ». Il envoya le même message à mes deux compagnons. Je dis à ma femme : « Va chez ta famille et restes-y jusqu’à ce qu’Allah prononce Son jugement dans cette affaire. » La femme de Hilal Ibn Oumayya vint dire au Messager d’Allah (saw) : « O Envoyé d’Allah ! Hilal Ibn Oumayya est vieux et n’a aucun domestique. Seriez-vous en colère si je le sers ? ». Il répondit : « Non ! Tu peux lui préparer le repas et faire tes tâches ménagères. Mais qu’il ne t’approche surtout pas ! ». Elle dit : « Par Allah, il est incapable de quoi que ce soit et, par Allah, il ne cesse de pleurer depuis le jour de cette triste affaire ».

Ka’b ajoute : « Certains de mes proches me dirent : « Pourquoi ne demandes-tu pas au Messager d’Allah la permission de garder ta femme puisqu’il a autorisé celle de Hilal Ibn Oumayya de le servir ? ». Je répondis : « Je ne demanderai pas la permission de la garder, car j’ignore ce que répondra le Messager d’Allah (saw). Je suis jeune alors que Hilal est vieux ». Je restais ainsi dix nuits ; si bien que se complétèrent pour nous cinquante nuits depuis que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait interdit toute conversation avec nous. Puis, je fis la prière de l’aube le lendemain de la cinquantième nuit sur le toit de l’une de nos maisons. Pendant que j’étais assis dans cet état dont Allah a parlé dans Son Livre « jusqu’à ce qu’ils se fussent sentis à l’étroit sur la terre malgré son ampleur » j’entendis tout à coup la voix de quelqu’un qui criait du haut du mont Sala’ me disant aussi fort qu’il pouvait : « O Ka’b Bin Al-Malik ! Réjouis-toi de la bonne nouvelle ! ». Je tombai aussitôt en prosternation sachant que quelque chose était venu me délivrer de mon malheur. Le Messager d’Allah (saw) avait en effet annoncé lors de la prière de l’aube qu’Allah avait enfin agréé notre repentir. Les gens coururent vers nous pour nous porter la bonne nouvelle. Deux hommes partirent informer mes deux compagnons, Hilal et Mourarah, et un troisième se lança dans ma direction au galop sur son cheval. Un autre homme de la tribu d’Aslam courut vers moi et parvint, avant l’arrivée du cavalier, sur le mont Sala’. Sa voix fut plus rapide que le cheval. Quand vint à moi celui dont j’avais entendu la voix annonciatrice de bonne nouvelle, j’ôtai mes deux vêtements et je l’en revêtis, en récompense de sa bonne nouvelle. Par Allah, je n’avais pas d’autres vêtements que ceux-là. Je dus en emprunter deux [autres] pour me couvrir moi-même. Je partis alors en direction du Messager d’Allah (saw) pendant que les gens m’accueillaient en groupe, me félicitant de l’agrément de mon repentir et me disant : « Nous te félicitons pour l’acceptation par Allah de ton repentir ». J’entrai finalement à la mosquée et voilà que le Messager d’Allah (saw) y était assis au milieu des gens. Talha Bin Obeidullah courut dans ma direction en me voyant, il me salua et me félicita. Par Allah, aucun autre des Mouhajirin (les exilés de la Mecque) ne se leva pour me rencontrer. Je n’oublierai jamais cette marque d’amitié de Talha. » Ka’b ajoute : « Lorsque j’eus salué le Messager d’Allah (saw), il me dit, le visage rayonnant de joie : « Réjouis-toi du plus beau jour que tu aies jamais connu depuis que ta mère t’a mis au monde ! ». Je dis : « Est-ce que cette faveur provient de toi, ô Messager d’Allah (saw) ou est-ce d’Allah ? ». Il dit : « D’Allah, le Tout-Puissant ». Quand le Messager d’Allah (saw) était content, son visage rayonnait de lumière au point où il ressemblait à un morceau d’une lune éclatante. Nous savions reconnaitre sa joie.

Une fois assis devant lui, je dis : « Ô Messager d’Allah ! Pour prouver davantage mon repentir, je voudrais présenter en aumône mes biens pour Allah et pour Son Messager ». Le Messager d’Allah (saw) dit : « Garde une partie de tes biens pour toi-même, cela est préférable pour toi ». Je dis : « Je garde ma part du butin de Khaybar ». Je dis en outre : « O Messager d’Allah ! Allah le Très-Haut ne m’a sauvé qu’à cause de ma sincérité ; et comme autre preuve de mon repentir, je ne dirai plus que la vérité tant que je vivrai ». Par Allah je n’ai jamais connu jusqu’à ce jour un musulman qui ait été mieux récompensé que moi par Allah le Très-Haut pour sa sincérité depuis que j’ai dit cela au Messager d’Allah (saw). Je n’ai jamais menti sciemment et je souhaite qu’Allah me préserve du mensonge pour le restant de ma vie ».

Il ajoute : « Allah le Très-Haut révéla ces versets suivants à son Prophète : « Allah S’est tourné certainement avec clémence vers le Prophète et vers les Emigrés et les Ansar qui l’ont suivi à l’heure de la détresse, après que le cœur d’une partie d’entre eux se soit presque dévié. Il S’est tourné de nouveau vers eux avec clémence. Assuré­ment, Il est Compatissant, Miséricordieux envers eux. »

Ka’b ajoute : « Par Allah, je n’ai jamais reçu d’Allah une plus grande grâce depuis qu’Il m’a guidé vers l’islam que celle d’avoir été sincère avec le Messager d’Allah (saw) et de ne pas lui avoir menti. Sinon j’aurais été détruit à l’instar de ceux qui lui avaient menti. En effet, Allah avait utilisé des paroles des plus méprisantes à l’égard de ceux qui avaient menti, des paroles qu’Il n’a jamais utilisées à l’égard de personne. Allah a révélé : « Ils vous jureront par Allah quand vous reviendrez parmi eux […] Allāh ne sera pas content du peuple rebelle. »

Ka’b commente : « Notre verdict a tardé par rapport à ceux dont le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait accepté les excuses. Ils avaient juré de leur sincérité au Messager d’Allah, qui accepta leurs excuses et leur allégeance et pria pour leur absolution.

Mais le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait ainsi laissé notre cas en suspens jusqu’à ce qu’Allah rendît son verdict. Allah le Très-Haut avait alors dit : « Et Il accepta le repentir des trois qui ont été laissés de côté ». Cela ne signifie pas que nous avions été laissés en arrière lors de l’expédition de Tabouk, mais que nous avions été mis de côté par rapport à ceux qui avaient faussement juré de leur innocence, auprès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). »

C’est-à-dire, nous étions différents de ceux qui avaient menti et juré. Nous avions été mis à l’écart de ceux qui avaient juré de leur sincérité au Messager d’Allah, qui accepta leurs excuses et leur allégeance.

Hilal Bin Oumayya est décédé lors du règne de l’Emir Mou’awiyah.

Je présente ici, brièvement, quelques faits concernant l’expédition de Tabouk, quoique j’en aie fait mention dans le passé. Tabouk se situe sur la voie empruntée par les caravanes commerciales de Médine vers la Syrie. Il s’agit d’une ville située entre la Wadi Al Qoura et la Syrie. On l’appelle aussi la ville des As-hab-oul-Aykah vers lesquels a été envoyé le prophète Shou’ayb. Celui-ci était un habitant de Midian et il avait été suscité pour les As-hab-oul-Aykah qui vivaient dans les environs. Tabouk est situé à environ 375 miles (603 km) de Médine. L’expédition de Tabouk est aussi connue comme la Ghazwat al-‘Ousra ou Jaych al-‘Ousra, c’est-à-dire l’expédition de la rigueur ou l’armée de la rigueur. Elle est aussi connue comme la Ghazwat Al Fadiha, l’expédition qui avait causé l’humiliation des hypocrites. Après le traité de Houdaybiyya, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) envoya sa première lettre (invitant à l’islam) à l’Empereur byzantin et l’envoya au gouverneur chrétien de Basra, Harith Bin Abi Chimar al-Ghassani. Quand il reçut le message du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il exprima son hostilité et menaça de lancer une attaque contre Médine, dont les habitants appréhendaient l’assaut à n’importe quel moment. Les tribus nabatéennes de la Syrie, qui venaient vendre leur huile à Médine, avaient informé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) que l’Empereur romain était en train d’amasser une armée en Syrie. Selon un autre récit, les chrétiens de l’Arabie avaient informé l’Empereur romain que celui qui se disait prophète a été tué, qu’Allah nous en protège, que les musulmans ont été frappés de famine et que leurs animaux sont morts. Sur ce, l’Empereur a préparé une armée de 40 000 soldats issus de plusieurs tribus et l’a postée à Balqa’, une ville syrienne sous la direction d’un grand général. Cette information n’était pas avérée mais a été la raison des préparatifs.

Quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) reçut cette nouvelle, les gens n’étaient pas à même d’entreprendre cette expédition. Or le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) demanda le départ et donna des informations [aux musulmans] à propos de l’objectif afin qu’ils puissent se préparer. Ceci a été mentionné dans le commentaire d’Allama al-Zourqani. Cette expédition a aussi dévoilé la sincérité des compagnons et les complots des hypocrites. Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a annoncé les préparatifs, il y a eu tout un tumulte à Médine. Ces compagnons qui disposaient de moyens ont consenti à des sacrifices extrêmes. Ceux qui n’avaient pas grand-chose étaient si passionnés qu’ils étaient prêts à voyager des centaines de kilomètres à pied. Afin de présenter quelque chose pour cette expédition, certains coururent chez eux, d’autres réunirent leurs biens pour en offrir autant que possible à leur maître. Certains fouillèrent leur maison pour trouver quelque chose afin de pouvoir participer à l’expédition. Certains étaient même prêts à partir à pied. D’autres qui n’avaient même pas de chaussures sont venus en informer le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour lui en demander, lui disant que s’ils partaient sans chaussures, ils se blesseraient les pieds et ne pourront pas atteindre la destination. Or la situation était telle que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’avait rien à leur offrir. En tout cas, chacun était prêt à offrir sa vie.

‘Oumar pensait qu’il possédait beaucoup et croyait qu’il pourrait dépasser Abou Bakr ce jour-là. Il s’est présenté avec la moitié de ses avoirs au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Celui-ci lui a demandé ce qu’il avait laissé pour sa famille. ‘Oumar a répondu : « J’ai apporté la moitié de mes biens et j’ai laissé l’autre moitié à la maison. » Abou Bakr, quant à lui, a présenté tout ce qu’il possédait au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé ce qu’il avait laissé à la maison, il a répondu qu’il y avait laissé Allah et Son Prophète. ‘Oumar, très admiratif d’Abou Bakr,a déclaré : « Par Allah ! Je ne pourrai jamais le dépasser dans aucun domaine. »

Le Messie Promis (a.s.) évoque cet épisode en ces termes : « Un jour quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a fait une demande de fonds, Abou Bakr est venu avec tout ce qu’il possédait à la maison. Il lui a demandé : « Qu’as-tu laissé à la maison ? » Abou Bakr a répondu : « Allah et Son Envoyé ! » ‘Oumar, quant à lui, est venu avec la moitié de ses biens. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé : « Qu’as-tu laissé à la maison ? » Il a répondu : « La moitié de mes biens. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a commenté : « La différence entre les actions d’Abou Bakr et d’Oumar démontre leur différence en statut. »

Les biens qu’Abou Bakr avait présentés au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour l’expédition de Tabouk avait une valeur de 4000 dirhams. ‘Outhman avait lui aussi présenté des chameaux, des chevaux et de l’argent. Suite à ses sacrifices, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré du haut de sa chaire : « Après cette œuvre de sa part, on ne demandera aucun compte à ‘Outhman pour ses actions. »

Selon un autre récit, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait déclaré : « Toute action qu’Outhman accomplira après ce jour ne lui nuira pas. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répété cela à deux reprises.

Abou ‘Aqil, un compagnon, n’avait rien à offrir pour l’expédition. Il a donc décidé d’arroser le champ de quelqu’un durant la nuit contre un salaire. Ainsi il passait toute la nuit à tirer de l’eau d’un puits afin d’arroser ses champs.

En échange, il a reçu deux Sa’ (unité de mesure) c’est-à-dire l’équivalent de quatre à cinq kilos de dattes. Il en a offert la moitié à sa femme et à ses enfants, et il a offert l’autre moitié dans la voie de Dieu qu’il a présentée au Saint Prophète (s.a.w.).

‘Abdour Rahman Bin ‘Awf, quant à lui, présenta la moitié de ses biens d’une valeur de 4400 dirhams au Saint Prophète (s.a.w.). ‘Asim bin Adi offrit 100 Wasaq de dattes. Un Wasaq est composé de soixante Sa’ : une Sa’ équivaut à environ 2,5 kilos. ‘Asim avait donc offert environ quatorze mille kilos soit quatorze tonnes de dattes. Au vu de cela, les hypocrites crièrent que tout cela n’était que pure ostentation. Sur ce, Allah a révélé un verset. Je souhaite également mentionner que j’avais fait une erreur de calcul lors du précédent sermon, j’avais mentionné 600 kilos de dattes, alors qu’il s’agissait en fait de 6 000 kilos.

Lorsque les hypocrites dirent que c’était de l’ostentation, Allah l’Exalté révéla ce verset de la sourate Tawbah :

الَّذِينَ يَلْمِزُونَ الْمُطَّوِّعِينَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ فِي الصَّدَقَاتِ وَالَّذِينَ لَا يَجِدُونَ إِلَّا جُهْدَهُمْ فَيَسْخَرُونَ مِنْهُمْ سَخِرَ اللَّهُ مِنْهُمْ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ

Ces hypocrites sont ceux qui trouvent à redire sur les croyants qui font l’aumône de leur plein gré, et sur ceux qui ne trouvent rien à donner que le fruit de leur labeur. C’est ainsi qu’ils les tournent en dérision. Allāh leur revaudra leur dérision et ils auront un châtiment douloureux. (9 : 79)

Ce verset a été révélé pour les hypocrites et les personnes qui proféraient de telles accusations. J’ai mentionné dans le contexte de la présentation de Hilal Bin Oumayya. Il reste encore d’autres récits à son sujet que je présenterais prochainement Incha Allah.

Je souhaite également faire une annonce de la part du département de Waqf-e-Nau, qui a lancé un site internet pour les Waqifin-é-Nau : waqfenauintl.org.  Incha Allah ce site sera inauguré aujourd’hui.

Ce site internet permettra aux parents qui ont envoyé un courrier dans le but de dédier leurs enfants de contacter directement le département afin d’en connaître la réponse. Les parents pourront également y prendre connaissance des conseils et directives que j’ai donnés pour l’éducation des enfants Waqf-e-Nau. Les sermons des Califes de la communauté se trouveront également sur ce site ainsi que les programmes d’apprentissage, et les numéros des magazines Ismail pour les garçons, et Maryam pour les filles.

Les Waqifine-e-Nau peuvent également y trouver des conseils pour leur orientation. Le site internet leur permettra aussi de renouveler leur Waqf, de rester en contact avec le département des Waqf-e-Nau et de rester à jour. Les Waqifine-e-Nau peuvent également y trouver des informations au sujet des besoins de la communauté et sur les études qu’ils doivent faire afin de mieux la servir.

Des informations et des formulaires y seront disponibles pour les secrétaires Waqf-é-Nau et pour les autres responsables, ainsi que des clips vidéo des questions que les Waqifin-é-Nau m’ont posées au cours des différentes classes que j’ai tenues avec eux. Des informations sur le plan Waqf-é-Nau seront également disponibles, ainsi que des coordonnées qui permettront aux Waqifin-é-Nau de rester en contact régulier avec leur département. De plus, les rapports et les photos des événements Waqf-é-Nau qui auront lieu dans différents pays y seront aussi publiés. Ce site internet sera fonctionnel dès aujourd’hui Incha Allah ; les Waqifin-é-Nau et leurs parents doivent en profiter au maximum.


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